Accueil › septembre 10, 2026

Quand les intérêts de la dette pèsent plus que la santé et l’éducation

Le rapport du Fonds monétaire international sur les perspectives économiques de l’Afrique subsaharienne établit un fait qui mérite d’être énoncé simplement : dans environ la moitié des États de la région, la seule facture des intérêts de la dette dépasse les budgets cumulés de la santé et de l’éducation. Plus d’un tiers des pays d’Afrique subsaharienne sont en situation de surendettement ou à risque élevé, dont six en Afrique de l’Ouest.

L’UEMOA : une croissance forte, une dette qui ne baisse pas

La zone affiche pourtant des indicateurs solides : la BCEAO retient une croissance de 6,1 % en 2026 après 6,5 % en 2025, avec une inflation de l’ordre de 1 %. Mais l’encours de la dette publique des États membres atteignait 97 625,9 milliards de francs CFA à fin juin 2026, en hausse de 5,3 % sur un an, pour un ratio projeté à 63,6 % du PIB en 2026. Le déficit public attendu est de 3,5 % du PIB.

La Côte d’Ivoire fait figure d’exception partielle : sa dette publique est revenue à 57,1 % du PIB, premier recul en plus d’une décennie, et le pays a levé 1,3 milliard de dollars sur quinze ans en février 2026 à son coût de financement le plus bas depuis cinq ans, tout en obtenant un décaissement du FMI de 832,8 millions de dollars.

Pourquoi c’est un sujet de sécurité

Le lien entre dette et instabilité n’est pas mécanique, et il faut se garder des raccourcis. Il opère par trois canaux observables. D’abord l’éviction : chaque point de budget consacré au service de la dette n’est pas consacré à l’école, au dispensaire ou à la route rurale — c’est-à-dire aux fonctions par lesquelles l’État est visible dans les zones périphériques. Ensuite la rigidité : un État très endetté perd sa capacité de réaction budgétaire au moment précis où une crise sécuritaire ou climatique exige des dépenses imprévues. Enfin la dépendance : la réduction des aides extérieures, documentée en 2026, transfère brutalement la charge sur des budgets nationaux déjà contraints.

Ce qu’il faut surveiller

  • Le ratio service de la dette sur recettes, plus parlant que le ratio dette sur PIB pour mesurer la marge de manœuvre réelle.
  • La part des dépenses sociales dans les budgets votés, et surtout dans les budgets exécutés.
  • Le rythme des émissions sur le marché régional et leurs taux, indicateur avancé des tensions de financement.
  • L’effet des coupes d’aide sur les programmes de santé et d’éducation dans les régions frontalières.

Ces travaux prolongent les recherches en cours sur les liens entre dette, pauvreté et paix.

Sources