Accueil › octobre 1, 2026

Le front se déplace : le JNIM aux portes des États côtiers

Le 10 septembre 2026, le Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM) a revendiqué une attaque contre le poste militaire de Kantoro, dans le département de l’Alibori, au nord-est du Bénin. L’événement n’est pas une surprise : il est l’aboutissement d’une progression documentée depuis quatre ans.

Une pénétration graduelle, pas une irruption

Le nombre d’attaques recensées dans le nord du Bénin est passé de 22 en 2021 à 176 en 2024. L’année 2025 a marqué un changement d’échelle : 28 soldats béninois tués le 8 janvier, puis 54 le 17 avril dans le parc W. L’International Crisis Group analyse cette poussée non comme une conquête territoriale classique, mais comme l’installation d’une économie de prédation et de médiation dans des zones où l’État est peu présent.

La zone des trois frontières — Liptako-Gourma, entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger — concentre désormais plus de la moitié des morts liées au terrorisme dans le monde. C’est depuis cette base arrière que la pression s’exerce vers le sud.

Un adversaire qui s’équipe

La diffusion des drones armés change la donne tactique. Le JNIM a mené ses premières attaques de ce type en septembre 2023 ; selon le Policy Center for the New South, 82 % des incidents de drones attribués au groupe sont postérieurs à mars 2025, au Mali, au Burkina Faso et au Togo. L’avantage aérien, longtemps acquis aux armées nationales, n’est plus garanti.

Ce que cela change pour la Côte d’Ivoire

Trois conséquences méritent d’être posées sans dramatisation. D’abord, la profondeur stratégique des États côtiers se réduit : la frontière nord n’est plus une marge, elle devient un front. Ensuite, la réponse purement militaire montre ses limites là où le groupe s’installe par l’arbitrage des conflits fonciers et l’accès aux ressources. Enfin, la coopération régionale est fragmentée au pire moment : les trois pays du Sahel central ont quitté la CEDEAO en janvier 2025, alors même que le renseignement transfrontalier serait le plus utile.

Ce qu’il faut surveiller

  • La fréquence des attaques revendiquées au Bénin et au Togo, et leur éventuelle extension vers le Ghana et la Côte d’Ivoire.
  • L’apparition d’attaques par drone en dehors du Sahel central.
  • Les dispositifs de coopération entre États côtiers et pays de l’Alliance des États du Sahel, malgré la rupture institutionnelle.
  • Le traitement des conflits entre agriculteurs et éleveurs dans les régions frontalières, principal levier d’implantation.

L’Observatoire stratégique du Cercle suit ces indicateurs pays par pays ; l’Agenda des risques en recense les échéances.

Sources