Accueil › septembre 20, 2026

Le blocus comme arme : ce que la bataille du carburant malien enseigne aux économies côtières

Le 3 septembre 2025, le JNIM annonçait un blocus des importations de carburant vers le Mali. Treize mois plus tard, le dispositif tient. Plus de trois cents camions-citernes ont été détruits sur les axes venant du Sénégal, de la Côte d’Ivoire et de la Guinée, par lesquels transite environ 95 % du carburant consommé dans le pays. Le carburant parvient encore à Bamako, mais à un prix multiplié par cinq et sous escorte : plus de mille citernes ont été convoyées jusqu’en juillet 2026, protégées par l’Africa Corps russe et, de plus en plus, par des drones turcs.

Un changement de doctrine

Ce n’est plus une guérilla qui cherche le contrôle du terrain, c’est une stratégie d’étranglement économique visant la légitimité de l’État : démontrer qu’il ne peut plus assurer les fonctions élémentaires. L’Institute for Security Studies a documenté l’extension de cette tactique aux corridors commerciaux régionaux ; ACLED en décrit la généralisation sous le terme de guerre économique.

Pourquoi les pays côtiers sont concernés

Les corridors Abidjan-Bamako et Dakar-Bamako ne sont pas des routes maliennes : ce sont des actifs économiques ivoiriens et sénégalais. Les transporteurs, les assureurs, les ports et les recettes douanières dépendent de leur fluidité. Un blocus en amont se traduit en aval par une hausse des primes d’assurance, des délais, des ruptures de contrat et, à terme, une réorientation des flux.

Trois réflexes de continuité d’activité

  • Cartographier la dépendance réelle : identifier, pour chaque entreprise, la part du chiffre d’affaires exposée à un seul corridor, et le délai au-delà duquel l’activité s’arrête.
  • Préparer les itinéraires de substitution avant la crise, y compris leurs surcoûts : un plan de continuité qui ne chiffre pas le coût d’une alternative n’est pas un plan.
  • Suivre les indicateurs avancés : prix du transport sur l’axe, primes d’assurance, fréquence des escortes, incidents déclarés. Ces données, publiques ou professionnelles, précèdent la rupture de plusieurs semaines.

Ce qu’il faut surveiller

La reproduction du modèle ailleurs : blocus de villes au Burkina Faso, pression sur les axes du nord du Bénin et du Togo. Et, côté ivoirien, la capacité du secteur privé à intégrer le risque corridor dans ses plans de continuité, au même titre que le risque climatique ou le risque de change.

Sources